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Hommage aux maîtres (chouyoukh)

[...] Le point essentiel ici est d'arriver à revaloriser les musiciens traditionnels, dans la société, dans leur milieu et, déjà, vis-à-vis d’eux-mêmes. Il ne faut pas que les détenteurs des traditions populaires profondes et de la tradition médiévale se sentent inférieurs par rapport aux musiciens “du conservatoire”.

L’intonation vraie, l’intonation ancienne qui porte en soi une vérité intérieure, il faudrait des gens ayant une formation très avertie, une formation de haut niveau pour pouvoir la transmettre. Une telle formation est possible et ses bases peuvent être acquises assez rapidement. Mais j’aimerais faire remarquer auparavant qu’une telle politique culturelle ne nécessite pas de grands moyens car ces maîtres populaires — qui sont aujourd’hui souvent à l’âge de la retraite — seraient bien sûr heureux d’enseigner leur savoir et de pouvoir le léguer.

[...] On parle d’intervalles et de gammes pythagoriciennes, zarliniennes, grégoriennes, et… que s’ai-je encore ? Mais où peut-on en concevoir une pratique ? Or, ce sont ces maîtres de la tradition orale qui nous enseignent le ton et qui peuvent nous apprendre comment entonner ses intervalles — et c’est chez eux que personnellement je l’ai appris -. Or, trop souvent, on leurs manque de respect même élémentaire : à ce propos je profite de l’occasion pour leur rendre un vibrant hommage et reprendre à mon compte ce qu’avait dit El-Birouni (m. en 1048) « Il faut que chacun sache ce qu’il devrait faire dans son travail : accueillir les réalisations de nos prédécesseurs avec gratitude et corriger leurs fautes sans appréhension (…). C’est ainsi que la contribution que l’on aura apportée vivra éternellement chez nos successeurs et chez les générations à venir ».

Extrait de la conférence du Pr. Abdelmalik Merouani